Une brume légère voilait le pré et mouillait l’herbe de perles translucides. La fraîcheur de l’aube la fit frissonner. Bientôt, le ciel estomperait son rouge et noir pour laisser place à un bleu encore pâle. Son pas était fier et sa foulée seyait à la longueur de sa jupe. Une seconde, elle songea à l’ourlet de sa robe que cette marche allait gâter avant de reporter toute son attention vers celui qui avançait vers elle.
Le cheveu noir et court, haut de taille, il se déplaçait souplement malgré sa cuirasse. Il portait son heaume dans son avant-bras gauche. Son cimier à la licorne en dépassait, arborant les couleurs sable, argent et gueules. Quand il s’arrêta à quelques mètres d’elle, la jeune femme s’aperçut qu’il n’avait en fait gardé que son plastron. Ses braies ajustées laissaient deviner des cuisses musclées qui la laissèrent songeuse. Il déposa ses protections au sol, sans toutefois se démunir de son épée bâtarde. Son surcot était d’un blanc immaculé que seul venait rompre les broderies de sa ceinture.
– Gris perle.
– Doux ?
– Oui, doux.
– Toucher.
– Pourpre.
– Chut ! J’écris…
Son surcot était d’un noir profond que seul venait rompre les broderies de sa ceinture.
Ils se saluèrent d’une simple inclination des têtes. Il regarda la jeune femme relever les pans de sa jupe pour les coincer dans sa large ceinture et remarqua que les manches de son corsage n’avaient pas été recousues. Ainsi, elle aurait beaucoup plus d’aisance pour manier sa dague à rouelles. Il sourit.
– Je pensais que tu utiliserais un stylet.
– Chut !
– A l’aube au pré clair. Cramoisi tendu de velours…
– Tu…
– Je ???
Un rayon de soleil jouait entre le mince interstice qui séparait les deux lourds rideaux cramoisi de la courtine. De fines particules de poussières voletaient dans l’air agité de soupirs. Aucun des deux êtres qui occupaient le lit dévasté ne s’en souciait.
Leurs yeux étaient soudés au regard de l’autre. Elle le chevauchait, ses mains cramponnées aux siennes, ses seins écrasés contre son torse. Sa langue pointue lui servant de pinceau, elle le barbouillait du sang qui coulait de ses lèvres martyrisées par ses morsures animales. Il s’était laissé faire en gémissant sourdement, l’excitant davantage. Bien qu’il ne bougeât pas vraiment, la belle s’attendait à tout instant à ce qu’il la retourne et la prenne comme un sauvage. Comme elle l’avait présagé plus tôt, il avait un joli cul. Un cul qui appelait à être pris dans tous les coins et recoins que le Diable avait créés pour eux seuls et elle ne s’était pas privée d’y poser ses mains et sa bouche.
Elle s’arc-bouta en arrière, le sourire aux lèvres. Il pinça ses tétons durcis par le plaisir. La jeune femme gémit en fermant les yeux.
– Ta cambrure te trahit.
– Chut !
– Yeux de chatte en colère.
– Chut…
D’un coup de reins, le chevalier la souleva et, les mains glissées sous ses fesses, l’entraîna par derrière les tentures. Il se planta face à la grande cheminée. Il aurait voulu la brûler jusqu’au cœur, la transpercer de part en part et se rassasier de sa chair. Il voulait qu’elle lui appartienne, corps et âme.
Dieu, quelle femme ! Elle maniait la dague plus sûrement qu’un soldat. Aussi vive qu’un faucon pèlerin ! D’ailleurs son torse comportait plusieurs coupures. Quant à son surcot… La garce ! Il aimait son rire aussi. Et sa voix qui devenait rauque au fur et à mesure qu’elle criait sa jouissance.
– J’aime nos échanges. Le parfum qu’ils dégagent.
– Je connais ta voix.
– Vraiment ?
– Oui.
– Ne triche pas. Pas avec moi. Mens-moi mais ne triche pas…
– Troublé.
Le feu flambait haut dans l’âtre et renvoyait leurs ombres soudées l’une à l’autre sur les murs échaulés. La nuit était tombée depuis plusieurs heures maintenant. Ils n’étaient pas sortis de la chambre, même pour manger. Les yeux dans les flammes, il la revoyait jouir. Elle s’était ouverte pleinement, avait coulé dans sa bouche, sur son ventre. Une transe, oui, c’était cela. Ils avaient connu une transe sexuelle, ne s’offrant que quelques minutes de répit avant de replonger avec un appétit dévorant dans le stupre. Sa queue en était douloureuse.
– Je ne serai jamais un sextoy cérébral.
– Moi non plus.
– Quoi d’autre ?
– Quoi d’autre ? Abusons…
– Montre-moi la lumière.
– Tu connais la lumière. Je te montrerai les Ténèbres.
– Qui te dit que je n’en connais pas le chemin ?
– Alors double-moi…
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